Afrique du Sud : un vignoble émergent

On voyage un peu...

26/04/2020

Changement de décor aujourd’hui, nous partons pour l’Afrique du Sud ! Pays du Nouveau Monde viticole, il a de quoi concurrencer les plus grands avec ses terroirs d’exception.

Son histoire

La viticulture n’arrive que tardivement en Afrique du Sud, il faut attendre le XVIIe siècle pour y apercevoir une trace de la vigne. On remonte plus particulièrement en 1652, lorsque Jan Van Riebeek planta de la vigne pour la première fois sur les sols africains. Sa fonction ? Commandant de la “Colonie du Cap”, une colonie hollandaise créée cette même année.

Sa mission était d'établir au Cap de Bonne-Espérance une station de retraitement pour permettre aux navires de la compagnie (Compagnie des Indes Orientales) de s'approvisionner en eau et en nourriture. Il avait à sa disposition une flotte de navires pour effectuer le voyage. Le 6 avril 1652, après un voyage coûtant la vie à 130 personnes, il atteint le Cap et fonda le premier établissement néerlandais avec seulement 98 personnes dont 8 femmes. À la base, ce n’était qu’un établissement relais pour ravitailler les bateaux marchands sur la route des Indes Orientales, mais très vite, Jan Van Riebeek en décida autrement. Il recommanda à ceux qui l’accompagnaient de s’installer comme des fermiers: le simple établissement devient alors une colonie qui fait office de relais, mais qui vend sa marchandise également. L’agriculture s’intensifia au fil des années, la colonie s’agrandit et a de plus en plus de besoins.

C’est en 1691 que le nom de “Colonie du Cap” est officiellement donné.

(Jan Van Riebeek arrivant au Cap en 1652, face à face avec des locaux…)

La viticulture commença avec une première vendange en 1659. L’Afrique du Sud est par ailleurs un des rares pays à pouvoir dater avec précision sa première vendange.

C’est en 1688 que le vignoble connait un essor avec l’arrivée des Huguenots, des protestants français s’expatriant du pays car ils subissaient des persécutions. Ils s’installèrent dans différent pays du monde, notamment en Afrique du Sud, où ils s’établirent à 60 kilomètres au nord du Cap dans le secteur de Franschhoek ( “le coin des Français” en néerlandais).

Près de 200 familles rejoignent ce hameau et contribuent à cet essor: des viticulteurs font partie du lot et importèrent avec eux la culture du vin. En 1655, il n’y avait qu’une centaine de pieds de vigne plantés, les Huguenots changèrent la donne. En 1700, soit seulement 45 ans après, on dénombrait 1,5 million de pieds de vigne!

Ah quand même…

Les Huguenots, ayant les connaissances de la vigne, professionnalisent les cultures dans cette région de l’Afrique du Sud. Les vins produits sont vendus localement, ce n’est qu’en 1761 que les premières exportations vers l’Europe eurent lieu.

Puis, les anglais débarquent et occupent le Cap suite à l’invasion des Pays-Bas par la France en 1795. Cette occupation profitera à la région par la suite…

En 1806, le commerce des vins du Cap s’améliore grâce à un événement extérieur : le blocus mis en place par Napoléon envers l’Angleterre. Quel rapport me direz-vous ? L’Empereur a voulu ruiné l’Angleterre en interdisant le commerce entre cette dernière et l’Empire, composé de la quasi-totalité de l’Europe.

(Tous les pays en bleu, clair ou non, appliquèrent le blocus. On peut dire qu’il y avait du monde derrière l’Empereur!)

Cette même année, l’Angleterre annexe alors formellement la colonie du Cap qu’elle occupe depuis 1795, et va substituer les vins continentaux par des vins de la colonie Sud-Africaine. Les vignerons locaux peuvent être ravis car ils vont vendre, et beaucoup… mais cette glorieuse période est de courte durée puisqu’en 1814, Napoléon est déchu et le blocus est levé. Les vins Sud-Africain ne sont plus prioritaires et font face aux vins de toute l’Europe, une forte concurrence les mettant hors-jeu.

En 1880, le vignoble est durement touché par le phylloxéra, ce puceron dévastant toutes les vignes en “franc de pied” (sans porte greffe). Bon nombre d’exploitations mettent la clé sous la porte, c’est alors une période du renouveau. Suite à cette crise, ce sont majoritairement des coopératives (groupement de vignerons) qui vont gérer les exploitations. Les coopératives vinifient les raisins des vignerons adhérents, toute la production est alors centralisée. En 1918, la coopérative KWV (Kooperatieve Wijnbouwers Vereiniging) est créée et regroupe 95% des vignerons!

Dès lors, l’association va mener des actions, notamment sur le contrôle des prix et la fixation des rendements, puis va définir des critères qualitatifs sur la conduite des vignobles. Vous l’aurez compris, ces manœuvres ont pour effet d’élever la qualité des vins produits, tout en augmentant sa valeur…

Malgré cela, le vignoble Sud-Africain souffre à cause de sa politique d’apartheid, visant à séparer les “races”. Elle est au fur et à mesure boycotter par les puissances mondiales qui imposent des embargos dans les années 1970, empêchant toutes exportations de sa marchandise. Il faut attendre 1994 pour une réouverture sur le monde avec de premières élections “multiraciales”. Cette année-là, Nelson Mandela devient le premier président noir d’Afrique du Sud.

Cette ouverture amène alors de nouveaux vignerons, avec de nouvelles idées mais aussi de nouveaux cépages. L’Afrique du Sud devient un pays viticole de qualité, portant haut l’étendard des vins du Nouveau Monde.

Sa notoriété ne cesse de grandir et nous en verrons les causes dès cette semaine, dans le prochain article! Seulement pour les abonné(e)s et c’est gratuit !